Histoire de la boxe anglaise : une construction sans date unique
On dit souvent que la boxe est « vieille comme le monde ». C’est vrai, et c’est aussi trompeur. Les combats de poings existent depuis l’Antiquité. La boxe anglaise, celle des rounds, des gants et de l’arbitre, s’est construite beaucoup plus tard, en Angleterre, par étapes.
La boxe anglaise vient des combats à poings nus pratiqués en Angleterre à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle. Elle ne se confond pas avec le pugilat, combat aux seuls poings : les sources ne retiennent pas une date unique.
- James Figg (1695-1734) reste la figure légendaire des combats à mains nues, sans en être le fondateur unique.
- Le XVIe et le XVIIIe siècle sont tous deux cités, mais ils ne marquent pas le même stade.
- Après les mains nues, des règles écrites et des protections de mains préparent les gants d’aujourd’hui.
Entre les deux, il n’y a pas une date de naissance unique. Il y a une pratique brutale à mains nues qui se dote peu à peu de règles, d’écoles, de champions reconnus, puis d’un équipement. Comprendre ce passage, c’est comprendre pourquoi la boxe que vous pratiquez aujourd’hui ressemble à ça.
Je ne suis pas historien de formation. Sur les points contestés, je vous donne donc les versions qui coexistent plutôt qu’une certitude de façade.
Du pugilat antique aux débuts de la boxe en Angleterre

Le pugilat, ou l’art de se battre uniquement avec les poings
Commençons par le mot. « Pugilat » vient du latin pugilatus, lui-même lié à pugnus, « le poing ». Il traduit le grec pygmachia (ou pygme), qui désigne un combat où l’on n’utilise que les poings. Pas de clés, pas de projections : des coups de poing, point.
Chez les Grecs, cette discipline avait un statut prestigieux. Elle aurait été introduite au programme des Jeux olympiques antiques en 688 av. J.-C., date généralement retenue par les ouvrages de référence. Le site du Comité international olympique consacre d’ailleurs une page à la boxe dans les Jeux de l’Antiquité.
Les combattants ne portaient pas de gants. Ils s’enroulaient les mains et les poignets dans des lanières de cuir appelées himantes : de simples bandes, qui laissaient les doigts libres. Parfois, elles montaient jusqu’à la poitrine. Aucune protection pour la tête ni le visage.
Et surtout, le cadre n’avait rien à voir avec ce que vous connaissez :
- pas de catégories de poids, donc un léger pouvait affronter un lourd ;
- pas de points, donc aucun juge pour départager ;
- pas de limite de temps, donc pas de rounds chronométrés.
Le combat continuait jusqu’à l’abandon, l’épuisement ou la chute d’un des deux hommes. Quand on y pense, c’est tout ce que la boxe moderne s’est ensuite efforcée d’encadrer.
Une origine des combats de poings n’est pas une origine de la boxe anglaise
C’est ici que beaucoup de récits se mélangent. On présente souvent le pugilat grec comme « l’ancêtre de la boxe anglaise ». L’idée est séduisante, mais une continuité directe entre les arènes grecques et les rings londoniens n’est pas établie de façon solide.
Il faut distinguer deux choses :
- La filiation au sens large : l’humanité se bat à coups de poing depuis très longtemps, et le pugilat antique en est un témoignage organisé.
- La naissance d’une discipline : un sport précis, avec ses règles, ses champions reconnus, ses lieux d’entraînement et son équipement. La boxe anglaise relève de cette seconde catégorie.
Autrement dit, le pugilat antique appartient à l’histoire de la boxe. La boxe anglaise, elle, a sa propre histoire, ancrée en Angleterre.
Les repères anglais : trois bornes qui ne disent pas la même chose
Côté anglais, on croise plusieurs dates. Elles ne désignent pas le même stade de développement.
Le XVIe siècle. On lit parfois que des combats à mains nues se pratiquaient déjà en Angleterre au début du XVIe siècle. Ce repère circule, mais il reste mal documenté. Au mieux, il désigne des antécédents : des bagarres et des affrontements populaires, pas encore une discipline structurée.
La fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle. C’est là que les historiens situent plus nettement les origines de la boxe moderne : dans les combats à poings nus pratiqués en Angleterre à cette période. Une étude publiée sur Persée par Jean-François Loudcher replace ces débuts dans l’histoire de la structuration du sport. À ce stade, on a des combattants professionnels, les prizefighters (combattants pour une bourse), un public, des champions. Mais les règles changent encore d’un combat à l’autre.
1743. C’est la date du premier règlement standard, rédigé par Jack Broughton. Ce n’est pas la « naissance » de la boxe. C’est le moment où une pratique déjà existante reçoit pour la première fois un cadre écrit et commun.

Vous voyez la logique : chaque borne marque un niveau différent. D’abord des combats de poings, ensuite une pratique organisée autour de champions, enfin des règles partagées. Demander « quand la boxe anglaise est-elle née ? », c’est un peu comme demander quand un enfant devient adulte. Il y a plusieurs réponses honnêtes selon ce qu’on mesure.
À retenir : le pugilat antique et la boxe anglaise sont deux fils distincts. Pour la boxe anglaise, le XVIIIe siècle est la période décisive, et 1743 marque l’arrivée des premières règles écrites, pas l’invention du sport.
Au XVIIIe siècle, les combats à mains nues prennent forme
Bon, le décor est posé. Maintenant, plongeons dans le XVIIIe siècle anglais, parce que c’est là que tout s’accélère.
Premier point surprenant : la boxe était alors illégale. Et pourtant très populaire. On se battait à mains nues, pour de l’argent, devant des spectateurs qui pariaient. Sans règles fixes, chaque combat obéissait à ce que les organisateurs et les combattants décidaient ce jour-là.
Ce qui change au XVIIIe siècle, ce n’est pas la violence des combats. C’est leur organisation. Apparaissent des lieux dédiés, des maîtres qui enseignent, des champions reconnus par tous. Et un nom revient au début de cette histoire : James Figg.
James Figg, un maître d’armes devenu champion
Figg n’était pas qu’un boxeur, loin de là. Il combattait d’abord avec des armes : épées courtes, bâtons de combat (le quarterstaff, un long bâton manié à deux mains) et gourdins (le cudgel). Il pratiquait aussi la lutte. C’est en plus de tout cela qu’il est devenu réputé pour le combat à mains nues.
Ça change la façon de voir les débuts de la boxe anglaise. Elle ne naît pas dans un vide : elle grandit à côté de l’escrime et des combats au bâton, dans le même monde de maîtres d’armes.
En 1719, Figg ouvre à Londres un lieu de combat qui sert aussi d’académie d’armes, souvent appelé « Figg’s Amphitheatre ». Il pouvait accueillir plus de 1 000 spectateurs. Selon la notice du Grub Street Project, projet universitaire de l’University of Saskatchewan, cet amphithéâtre se trouvait sur Oxford Road, dans le secteur des Marylebone Fields, attenant à sa maison. Il y enseignait le small-sword (l’épée de cour), le back-sword (le sabre), le cudgel et le pugilisme à de nombreux gentlemen.
Cet établissement est décrit comme un prototype des écoles de pugilisme du XVIIIe siècle. Pour moi, c’est un point clé, plus important encore que son titre de champion. Une école, c’est de la transmission. C’est l’idée que se battre s’apprend, se travaille, se perfectionne.
La même année, Figg est acclamé champion d’Angleterre. Le British Boxing Board of Control, l’organisme qui dirige aujourd’hui la boxe britannique, le présente comme le premier boxeur reconnu champion poids lourd, en 1719. Il aurait conservé cette distinction une quinzaine d’années.
Encart — James Figg en bref
Dates de vie : né vers 1695 selon Britannica et l’International Boxing Hall of Fame (Wikipedia indique simplement « avant 1700 »). Mort le 8 décembre 1734 selon la plupart des références. Attention : le texte de la fiche de l’International Boxing Hall of Fame mentionne 1740, en contradiction avec son propre en-tête.
Pratique : maître d’armes (épée courte, bâton, gourdin), lutteur, et combattant à mains nues réputé.
Rôle attesté : ouverture en 1719 d’un amphithéâtre-académie à Londres ; reconnu champion d’Angleterre à partir de 1719 ; enseignement de plusieurs disciplines de combat ; contribution à faire de la boxe un spectacle.
Réputation : surnommé « the Father of Boxing ». Ce titre traduit sa place dans la mémoire de la boxe, pas une invention du sport par un seul homme.
Figure légendaire, oui, mais pas fondateur unique
Figg est souvent présenté comme le « père de la boxe ». Je comprends pourquoi : premier champion reconnu, une école, un public nombreux, un rôle de promoteur. Le portrait que lui consacre Britannica le crédite de la popularisation, de l’enseignement et de la promotion de la boxe.
Mais attention à ne pas en faire l’inventeur de la boxe anglaise. Les combats à mains nues existaient avant lui. Et le titre de « père de la boxe » repose surtout sur des biographies et des encyclopédies postérieures, pas sur des textes de son époque. Figg incarne une étape : le moment où le combat de poings devient un spectacle organisé et un savoir enseigné.
1743 : l’élève écrit les règles
C’est un de ses élèves, Jack Broughton (né vers 1703-1704, mort en 1789), qui franchit le pas suivant. Le 16 août 1743, il établit le premier ensemble standard de règles de la boxe. Avant lui, les « règles » étaient floues et variaient d’un combat à l’autre.
Le maître popularise, l’élève codifie. J’aime bien cette continuité : elle montre qu’un sport se construit sur plusieurs générations, pas en un jour.
À retenir : au XVIIIe siècle, la boxe anglaise passe de la bagarre pour une bourse à une pratique enseignée et suivie par un public. Figg en est le visage le plus connu, Broughton celui qui pose les premières règles.
Comment la boxe anglaise s’est dotée de règles et de gants
Si vous ne retenez qu’une chose de cette partie, retenez celle-ci : la boxe moderne est le résultat d’une série de règlements successifs, chacun corrigeant le précédent. Voyons ce que chaque étape a concrètement changé sur le ring.
Les règles de Broughton (1743) : un premier cadre
Les règles de Broughton tiennent en sept articles. Sur le papier, c’est peu. En pratique, c’est une révolution, parce que tout le monde se bat enfin selon le même texte.
Ce qu’elles changent concrètement :
- Le round ne dure pas trois minutes. Il dure jusqu’à ce qu’un combattant tombe. Un round pouvait donc être très court ou très long.
- Une pause de 30 secondes sépare les rounds. C’est l’ancêtre de la minute de repos.
- Frapper un adversaire à terre est interdit.
- Saisir l’adversaire par les cheveux est interdit.
Ces deux interdictions peuvent faire sourire aujourd’hui. Elles disent pourtant beaucoup sur ce qui se faisait avant. L’idée de protéger un combattant en position de faiblesse est déjà là.
Les « mufflers », premiers ancêtres des gants
Broughton introduit aussi les mufflers, des protections pour les mains considérées comme les précurseurs des gants modernes. Leur double fonction est déjà celle des gants d’aujourd’hui : protéger les mains de celui qui frappe et le visage de celui qui reçoit.
On ne sait pas précisément s’ils servaient surtout à l’entraînement ou aussi en combat officiel. Ce qui est sûr, c’est que l’idée de rembourrer les poings existe dès le milieu du XVIIIe siècle.
1838 : les London Prize Ring Rules
Les règles de Broughton, à peine retouchées, restent en vigueur pendant près d’un siècle. En 1838, elles sont remplacées par les London Prize Ring Rules (règles du « prize ring » de Londres, le ring des combats professionnels). Ce nouveau règlement s’appuie directement sur celui de Broughton. On n’efface pas tout : on prolonge et on précise.
On est encore à l’ère des poings nus. Mais le principe d’un texte commun, révisé quand il le faut, est désormais solidement installé.
1867 : les règles de Queensberry, la boxe entre dans l’ère moderne
En 1867, John Graham Chambers rédige un nouveau règlement. Il est patronné par John Sholto Douglas, 9e marquis de Queensberry, qui lui donne son nom : les Marquess of Queensberry Rules.
C’est un tournant majeur. Ces règles :
- interdisent le combat à poings nus ;
- interdisent la lutte et le corps à corps ;
- encadrent les gants, les rounds et la conduite des combattants ;
- mettent l’accent sur la technique.
Ce dernier point me parle beaucoup comme coach. En retirant la lutte et le corps à corps, on oblige les boxeurs à gagner avec leurs déplacements, leur garde et la précision de leurs coups. La boxe devient un sport d’habileté autant que de résistance.
Pour une vue d’ensemble claire de cette période, la page de Britannica consacrée à l’ère des poings nus reprend ces étapes.
Voici les trois règlements côte à côte :
| Règlement | Année | Ce qui change concrètement |
|---|---|---|
| Règles de Broughton | 1743 | Premier texte commun ; round jusqu’à la chute ; pause de 30 s ; interdiction de frapper un homme à terre ou de le saisir par les cheveux ; apparition des mufflers |
| London Prize Ring Rules | 1838 | Remplacent et prolongent les règles de Broughton ; on reste à mains nues |
| Queensberry Rules | 1867 | Fin des poings nus ; interdiction de la lutte et du corps à corps ; gants, rounds et conduite encadrés ; priorité à la technique |
Attention, ce n’est pas un basculement du jour au lendemain. Un règlement écrit en 1867 ne signifie pas que tous les combats se sont disputés avec des gants dès l’année suivante. La date exacte à laquelle les gants se sont généralisés en compétition reste floue.
Et le « noble art », d’où ça vient ?
On appelle souvent la boxe anglaise le « noble art ». D’où vient l’expression ? Honnêtement, son origine exacte n’est pas datée avec certitude.
Un indice intéressant mène à Figg. Selon le Grub Street Project, il devint un maître du « noble art » de self-défense et portait le titre de « Master of the Noble Science of Defence » (maître de la noble science de la défense). Le mot « noble » s’attache donc, dès cette époque, à l’idée d’un art de se défendre qui s’apprend avec méthode, comme l’escrime enseignée aux gentlemen dans son académie.
Vous lirez parfois que « noble » viendrait d’une pratique réservée à la noblesse. Cette explication n’est pas étayée sérieusement. Je vous conseille de la prendre avec des pincettes.
À retenir : la boxe anglaise moderne s’est construite en trois grandes étapes de règles (1743, 1838, 1867). Chaque étape a rendu le combat plus encadré, plus technique et mieux protégé. Les gants en sont l’aboutissement, pas le point de départ. Pour situer ce cadre face à une autre boxe, on peut comparer la boxe anglaise et française.
Questions fréquentes sur l’histoire de la boxe anglaise

Quelle est l’origine de la boxe anglaise ?
Elle vient des combats à poings nus pratiqués en Angleterre à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle. Ces combats, souvent disputés pour de l’argent, se sont progressivement organisés : académies, champions reconnus, puis règles écrites à partir de 1743.
Quelle est l’origine de la boxe ?
Au sens large, les combats de poings sont très anciens. Le pugilat grec en est un exemple bien connu, présent aux Jeux olympiques antiques à partir de 688 av. J.-C. selon la tradition retenue. Mais c’était une pratique sans catégories de poids, sans points ni limite de temps : rien à voir avec une discipline moderne.
Quelle est l’histoire de la boxe ?
En résumé : des combats de poings antiques, comme le pugilat grec, puis, beaucoup plus tard, des combats à mains nues en Angleterre. Ceux-ci se structurent au XVIIIe siècle, reçoivent leurs premières règles en 1743, de nouvelles en 1838, et passent aux gants avec les règles de Queensberry en 1867.
Qui est la légende de la boxe anglaise ?
James Figg (vers 1695 – 1734) est la figure la plus souvent citée. Maître d’armes et combattant à mains nues, il est reconnu champion d’Angleterre en 1719 et ouvre la même année une académie à Londres. On le surnomme « the Father of Boxing », mais il incarne une étape plutôt qu’une invention.
Qu’est-ce que le pugilat ?
C’est un combat qui se pratique uniquement avec les poings. Le mot vient du latin pugnus, « poing ». Il désigne d’abord la boxe grecque antique (pygmachia). Il est aussi employé pour parler des combats à mains nues anglais du XVIIIe siècle, d’où le mot « pugiliste ».
La boxe anglaise est-elle née au XVIe ou au XVIIIe siècle ?
Les deux dates ne désignent pas la même chose. Le XVIe siècle est parfois cité pour des combats à mains nues en Angleterre, mais ce repère est mal documenté et renvoie au mieux à des antécédents. Le XVIIIe siècle est celui où la discipline se forme vraiment, avec des champions reconnus, des écoles et le premier règlement de 1743.
Quelle est l’origine des gants de boxe ?
Les Grecs utilisaient des lanières de cuir, les himantes, mais rien ne permet d’en faire les ancêtres directs des gants modernes. Côté anglais, Jack Broughton introduit au XVIIIe siècle les mufflers, des protections rembourrées pour les mains et le visage de l’adversaire. Les règles de Queensberry de 1867 interdisent ensuite le combat à poings nus et encadrent l’usage des gants.





